Les impatientes
Il ne reste rien d'autre que nos silences pour meubler nos absences.
Il ne reste plus rien, juste un cœur qui bat dans le vide des vies que l'on s'invente, alors dis-moi enfin qu'il ne reste plus rien.
Deux imprudentes le cou tendu vers ailleurs, le cul sur une valise, il ne reste plus rien, que nos enveloppes esseulées, obsédées et tordues.
On ne pouvait plus voir ni le monde, ni nos gueules en peinture, alors nous sommes sorties de nos peaux, notre esprit est devenu une nouvelle chrysalide à habiter.
Il ne reste plus rien de la réalité, amoureuses de l'amour nous avons choisi le camp des rêveries assassines, où l'idéal vaniteux n'en peut plus de faire la blague à la lucidité.
Nous avons choisi avec nos têtes-chrysalides, et nous nous sommes fiées à l'instinct primaire, avec notre sensibilité-fleur-de-peau, notre amour immodéré des mots, et tout, et tout (clin d'oeil) .
Nous portons nos masques de filles-fantoches, pour mettre dehors les monstres du dedans, pour sortir de nous-mêmes, pour qu'on nous fiche la paix, pour qu'on s'assume enfin.
Mais à la vérité, nous nous faisons horreur.
Il ne reste plus rien, deux coques vides, le cul sur la valise, la promesse d'un ailleurs au fond des yeux, le cœur-chamade, en quête des cœurs-charades, les impossibles énigmes et leurs petits mystères.
Nous avons mille ans, et vécues mille vies, dans nos têtes.
Pour mon amie Bérénice, même si elle le sait bien.
Gueule de bois littéraire
Écrire pour découvrir ce qu'on est, de quel bois on se chauffe, au fond.
Être ce voyageur des mots, et rechercher sans relâche celui qui viendra justifier l'état-j'erre.
Ne pas se complaire dans le verbiage, explorer jusqu'au tréfonds de l'inconscient, triturer la matière grise pour en faire juter la substantifique moelle. Ne surtout pas s'en repaître, vider à nouveau son verre.
Remettre en question chaque virgule, esquiver la lourdeur d'une tournure, retravailler la phrase jusqu'à l'épure absolue, conserver intact le rythme du texte, distiller l'allitération, savourer les dissonances...
Mais alors...
Pourquoi je n'arrive plus à écrire? C'est quoi ce gros rouge qui tâche?
Voilà des semaines que chaque tentative se solde par un échec qui claque sur ma joue déjà trop échaudée, les mots se mélangent, ça sonne creux dans ma boîte à pulse, j'ai la mélodie lapidaire, sinon inexistante. Le juke-box en berne, la carafe vide.
Toutes les conditions sont pourtant réunies: il chiale dans mon cœur comme il pleut sur les vignes, je partage la détresse vigneronne, cette année encore le vin sera mauvais, mes phrases sont gorgées de flotte et Rimbaud n'est plus là pour nous le pardonner.
Que reste t-il alors pour se saouler décemment?
Lorsqu'il chialait dedans je savais, hélas, en prendre mon parti, chaque larme versée alimentait l'encre de mes plumes, mes plus gros bouillons devinrent le lit de mes plus longues tirades, à chacun ses mouchoirs.
Aujourd'hui que me reste t-il si même les mots me tournent le dos?
A quoi sert l'aigreur si je n'arrive plus à la faire se pieuter sur un bout de papier?
Du vieux vinaigre, voilà!
Il est des saisons insipides, où l'homme et la nature, en parfaite harmonie, s'arrosent copieusement d'un savoureux jus de merde: la tête en friche, j'attends patiemment la jachère, pour enfin semer à nouveau le raisin de mes colères.
Bruxelles
Une escapade belge pour visiter Lisa, Bruxelles, un peu réchaufée depuis...
Cette ville pousse au naturel, l'anarchie architecturale est une musique, un rythme désordonné où l'on passe des vieilles pierres aux nouvelles, des friches aux ruelles touristiques, de l'abandon à la chaude mélopée estudiantine des bords de quais... Lisa chante Bruxelles dans le silence de ses photographies, je m'y essaie aussi, à pas de loups, cloche-pieds.
Lisa, le Looney-TOON(e)
Un souvenir de la place du jeu de Balle et sa brocante gargantuesque.
Des cathédrales de livres dans les reflets, des chemins de traverse sur les toits, entre les averses...
Le ciel donne le tempo des promenades, de bars en bières, passons par les sommets cachés où la mafia imaginaire semble se disputer la ville en fumant le cigare...
Là-bas il s'est pris pour Mary Poppin's mais la pluie a tout effacé.
Et puis la chanson de Dick Annegarn pour les souvenirs, et parce qu'à côté mes mots feraient grise mine!
...à très vite les petits poulets!
Riez si m'en croyez, n'attendez à demain
Lisa et moi, février 2012
Ne plus jamais se vautrer dans la désespérance, ne traverser les gens, la vie et les autres qu'en hurlant de rire, en passant pour une folle.
Des éclats souples qui viennent du fond de la gorge, éclaboussent tout le monde, se déploient dans l'écho, résonnent dans le silence, un rire de démente, un cri de vie.
Être ivre de joie, n'exister que pour l'éphémère d'un éclat de rire, se gausser, en chialer et même parfois en oublier de respirer, trouver partout des prétextes, essayer le pied-de-nez, montrer son cul à la Grande Dépression.
Devenir terroriste de l'humour, se délecter du bon mot, de la terrible mimique, d'un regard espiègle d'une danse endiablée ou d'un trop Grand Vide, se tordre en deux à s'en faire sauter l'tripoux, ouvrir très grand la bouche, montrer les dents, babines retroussées, éructer en postillonnant!
Rire de tout, n'importe comment, outrepasser toutes les limites jusqu'à l'indécence, faire briller ses amygdales, s'en payer une bonne grosse tranche.
Remplir tout l'espace, enfin, n'être plus qu'une bouche hilare.
-se foutre de sa propre gueule-
L'autre avait dit que l'humour est la politesse du désespoir, devenue reine des bonnes manières je prône l'hystérie collective, la grande débandade, la fête du slip.
***
Bientôt à venir un article sur Bruxelles (et ses petits choux), une grosse mise à jour des liens du blog, des dessins, des histoires sombres comme une nuit sans lune, des anecdotes de loup-garou... La bête reprend du service, AAAAAAAAAAOOOOOOOOUUUH!!!
Encore un autoportrait qui bouquine!
(j'ai fait dans le réalisme avec le double-menton huhuhu)
"Le peintre ou le dessinateur doit être solidaire, pour que le bien-être de son corps n'altère point la vigueur de son esprit; et en particulier, quand il s'adonne à la spéculation et à l'étude des choses, qu'il a sans cesse sous les yeux et qui procurent à sa mémoire un aliment à conserver précieusement.
Si tu es seul, tu seras tout à toi, accompagné, fût-ce d'un seul compagnon, tu ne t'appartiendras qu'à moitié, ou même moins, d'autant que sera plus grande l'indiscrétion de son commerce. Et si tu as plus d'un compagnon, tu subiras encore davantage le même inconvénient (...)."
Léonard De Vinci, Trattato dela pittura, 1651
Je me disais comme ça, quand j'ai lu ces quelques mots, que j'aimerai bien apprendre le silence et la solitude. Moi, évidemment, je voue un culte à l'éparpillement, et j'aime trop mes amis.
Un dernier mot sur ma nouvelle marotte: Léonard De Vinci, et bon, ça tombe bien, on entend causer que de lui en ce moment! Si le bonhomme vous titille autant que moi il y a un très bon hors-série de Beaux-Arts magazine ce moi-ci le concernant, ainsi que deux petits documentaires bien foutus consacrés à la pérennité de son Oeuvre sur Arte+7 (programme en replay pendant une semaine)!
A très bientôt les loubards, bigbisous.



















