Nature-morte-au-salon-001

Ca a commencé par la bibliothèque, il en dépassait de partout, ça s'écornait avec faux-plis et déchirures, une calamité. Menaçants même: du Apollinaire sur le coin d'la bille si tu passes trop près, c'est pas sympa.

Fallait bien s'y coller, ça ferait pas d'mal même si la poussière pique toujours un peu les yeux, au début.

Là j'ai vu: les siens, les miens, ceux qui appartiennent aux autres mais on sait plus qui.

Ceux donnés par le père, annotés par la mère, offerts par la grand-mère*, les amis, ceux qu'on a lu pour eux, pour mieux comprendre les lueurs au fond de leurs yeux: Shantaram ou les voyages  impossibles, Mon chien stupide ou l'alter égo du paternel prêté par la frangine, Les Vivants et les Morts pour les petites révolutions du fond de mon lit, celles que je comprends (de loin), l'endurance de la classe moyenne, la syndicaliste que je ne suis pas, La première gorgée de bière en souvenir des premières cuites et pour l'amour du presque rien, un Gros Câlin de Lisa par l'intermédiaire de Gary, si loin, si près, c'est facile.

Les voyages immobiles (lieux communs, masculin-pluriel). Le dictionnaire des synonymes.

Ceux qui font bien trop peur, Les Bienveillantes, les remue-tripes.

Les trop lus, les mal famés: les Werber, Nothomb et autres Stephen King par packs de douze parfois aussi peu savoureux qu'une bière "Pouce". Mais qu'on lui pardonne pauv' vieux, parce que Carrie quand même. Et Dolores Clairborne aussi!... -P'tain! t'as failli l'oublier....

Les Asimov, Lovecraft et Crichton à peine éffleurés et qui siègent pourtant si souvent sur la table de chevet de la Tendre Moitié.

Les vieux amis, les vieilles badernes ceux qu'on connait par coeur, créateurs d'adolescence, des livres-passage à défaut de romans fleuves: Colette, Anouilh, Stocker, Oates, Sarraute, Irving, Vian en vrac et avec force grands écarts.

Sade et les malheurs de ma vertue, nom d'un cul.

L'enfance et Le Petit Garçon Qui n'Aimait Que Les Fraises, Morgenstein, Moka, Despleschin avec éclairage lampe-torche-parce-qu'il-faut-dormir-maintenant. Plus loin encore, Tom-tom et Nana,  Andersen. Zazie dans le Métro,  Léo et Poppi.

Ceux qui ont trop vite rejoint les rayons de médiathèque, ceux qu'on aurait voulu sans failles. Les Jeune&Jolie aux tranches ensablées-avec-tâches-huileuses-indice-50, les Dolto mal fagotées, ceux qu'on aurait pas dû acheter.

Ou les autres qu'on a jamais voulu lire, qu' on  s'est dit qu'on en créverait d'ennui mais finalement....cette Anthologie de la Poésie Française de Villon à Verlaine... combien de fois y es-tu revenue? Boaaaaf...

Les oubliés, les William Boyd, et les Classiques qui puent la craie des salles de classe, que c'est tout stabiloté d'la didascalie, et Scapin qui tire la gueule avec ça. Rendu le 19/03/1996, ou pas.

tout ce joyeux bordel sur quelques planches de bois, et qui s'écorne, et qui s'empile...

J'ai voulu faire un peu le tri, vider quoi, ça prend d'la place merde. Ca m'a pris la nuit, aussi.

Bah ça dégueule toujours autant, pire: le seul que j'ai pu virer c'est celui qu'explique comment faire des jus de fruits par centaines avec un robot-cuisine... le nôtre est cassé.

 

...et j'te cause même pas des BD...

 

* elle s'enfile au bas mots deux-trois bouquins par semaine et le manque d'étagères, chez elle, frôle la pathologie.