DIGITALE

Sylvia Plath, série Les Endormies, 2016

*

 

Lever de la lunne

 

Larves blanches les mûres rougissent dans les feuilles

je vais sortir et m'asseoir blanche comme elles,

Sans rien faire. Les sucs de juillet gonglent leurs grains.

 

Ce parc a une chair de pétales idiots.

Des catalpas blancs chancellent, chavirent

projettent une ombre blanche et ronde en mourant.

 

Un pigeon se pose. Queue en éventail blanche.

Une vocation comme une autre; ouvrir, fermer

Pétales blancs, éventails blancs, dix doigts blancs.

 

Les ongles de la main suffisent pour que des demi-lunes

Rougissent dans les paumes blanches qu'aucune peine ne rougit.

Ou le blanc se tâche de couleur, ou il meurt.

 

Les baies rougissent. Une chair blanche 

Pourrit et sent la pourriture dans la tombe

même si elle sort dans du linge propre.

 

Je sens cette blancheur ici sous les pierres, où les fourmis

transportent leurs oeufs, où les larves grossissent.

La mort peut blanchir au soleil ou sans lui.

 

La mort blanchit dans l'oeuf et hors de lui.

Je ne vois aucune couleur dans ce blanc.

La blancheur: texture de l'esprit.

 

Je suis lasse d'imaginer de blancs Niagara fusant

De le source d'un rocher, comme les fontaines fusent

Contre la puissante image de leur chute.

 

Lucine, mère osseuse qui voyage dans les étoiles

Aux orbites blanches, ta face innocente rogne

La chair blanche jusqu'à l'os blanc,

 

Toi qui traînes notre vieux père par le talon,

Barbe blanche, épuisé. Les baies s'empourprent

Et saignent. L'estomac blanc peut encore mûrir.

 

*

Sylvia Plath, Le Colosse